Journalisme citoyen : explications par Stéphane Demazure

Le journalisme existe depuis de nombreuses décennies et c’est un secteur en perpétuelle évolution, explique Stéphane Demazure, rédacteur en chef à plusieurs reprises et créateur de Link Media Group, groupe de média parisien.

Cette évolution a notamment été révolutionnée par l’essor d’Internet et des nouvelles technologies. En effet, le secteur a vu apparaître les sites de journaux en ligne mais également ce que l’on appelle le « journalisme citoyen ».

Qu’est-ce que le journalisme citoyen ?

On l’appelle aussi le « journalisme participatif » ou le « journalisme amateur ». Dans ce type de journalisme, tout un chacun peut participer dans la production et la diffusion d’informations diverses et variées, comme le ferait un journaliste professionnel. Ce phénomène se retrouve particulièrement dans le média qu’est Internet et de son développement.

En effet, blogs et plateformes dédiées (ex : réseaux sociaux) permettent à chaque Internaute de diffuser une information véridique ou non. Combien de célébrités ont en effet vu sur Twitter annoncées leur décès à tort ? Heureusement, le journalisme citoyen ne regorge pas que de « fakes news ». Il permet aussi à chacun de donner des renseignements et conseils supplémentaires sur des sujets qu’il maîtrise et de développer une véritable information alternative.

Histoire du journalisme citoyen, rappels par Stéphane Demazure

Rappelons que c’est le site Internet OhMyNews, créé en Corée en 2000,  que l’on peut considérer comme précurseur du journalisme participatif, indique Stéphane Demazure. Si quelques professionnels participent à la rédaction du journal en ligne, ce dernier accueille également les publications de centaines puis de milliers d’internautes. Deux ans plus tard, le site reçoit un évènement marquant avec l’interview officielle du président nouvellement élu à l’époque, Roh Moo-hyun.

Parallèlement à ce genre de sites, les années 2000 voient l’essor des blogs. Exemple tragique mais illustratif : les attentats du World Trade Center du 11 Septembre 2001 vont donner lieu à une flopée d’articles rédigés à la fois par des journalistes professionnels et des internautes lambda.

Ceux-ci vont parfois d’ailleurs à l’encontre des informations relayées par les médias traditionnels. Il n’est en effet pas rare de voir fleurir des « théories du complot » sur de nombreux blogs tenus par des internautes à titre personnel. Le conflit irakien de 2003 connaîtra la même lignée avec plusieurs internautes s’opposant ouvertement à ce qui se dit dans les médias traditionnels. La liberté d’expression atteint son paroxysme.

L’objectif du journalisme citoyen

Pour autant, le journalisme citoyen ou participatif n’est pas pavé de mauvaises intentions dans la mesure où il permet à chacun de s’exprimer sur le sujet de son choix. Il favorise ainsi l’interactivité entre internautes via des blogs, des forums, des commentaires sur des sites journalistiques officiels…

On a là une véritable révolution de l’information voire parfois un espace de contre-information comme nous l’avons abordé précédemment avec les deux évènements marquants de 2001 et 2003.

Un exemple marquant et actuel de journalisme citoyen est le très connu site Agoravox sur lequel l’on peut trouver de très nombreux articles sur des sujets aussi variés que la politique économique d’Hitler avant 1938 (sujet historique) ou la fin des services publics de la SNCF (actualité nationale).

L’encadrement de ce type de journalisme

Sur Internet, chacun peut en quelques clics et en quelques minutes s’exprimer librement, parfois sous couvert d’anonymat, ce qui n’est pas sans poser de problèmes. Mais quelles solutions peut-on envisager pour éviter les dérives ? Quelques exemples par Stéphane Demazure.

Reprenons l’exemple d’Agoravox : le site dispose de modérateurs et gestionnaires chargés de surveiller et valider ou non le contenu posté par les membres du site. Il est ainsi possible de limiter les dérives de pseudos-journalistes si l’article est signalé et consulté rapidement.

Autre exemple de site : Médiapart. Ce dernier, avec à sa tête l’ancien directeur rédactionnel du journal Le Monde, établit dès la création de Médiapart en 2008 une « frontière numérique » sur le site. On y trouve ainsi une partie « Journal » sur laquelle seuls les journalistes professionnels peuvent rédiger et une partie « Le Club » consacrée aux internautes abonnés. Cette mesure permet donc de différencier les informations relayées par des professionnels de celles transmises par les internautes non-professionnels du métier.