Le football italien

Les Italiens sont connus comme étant très attachés au football ou calcio. On dit même que les transalpins ont attrapé la fièvre du supportérisme, d’où leur appellation les tifosi. Mais cette histoire d’amour a mis du temps à se mettre en place.

AVANT LA 2ème GUERRE MONDIALE

Dans les années 30, les Italiens étaient mordus de cyclisme et notamment du Tour d’Italie ou Giro. Malgré qu’ils ont organisé et gagné la coupe du monde de football en 1934 et en 1938, le cyclisme attirait plus de spectateurs que le foot. Ceci s’explique certainement par les prix exorbitants des billets d’entrée aux stades de football, seules les classes moyennes urbaines pouvaient en acheter. Pour illustrer cela, il a été constaté que seulement 10% de la population de plus de 41 millions de personnes suivirent les rencontres de la Coupe du monde autour d’un poste de radio. Même Mussolini à l’époque, bien qu’adepte de sports comme l’escrime ou l’équitation, ne se décida à soutenir financièrement le comité d’organisation de la Fédération italienne de football qu’une fois l’équipe nationale qualifiée.

L’Eglise et le football

Au cours des années 50, le calcio commença progressivement à supplanter le cyclisme dans le coeur des Italiens. Un des principaux acteurs de ce changement est l’Eglise catholique. Elle fit du football un instrument privilégié de son action pastorale et politique. En effet, durant une quinzaine d’année, l’Action catholique a construit pas moins de 5.000 terrains de football permettant ainsi à l’immense majorité des jeunes Italiens, de toutes origines sociales ou et de tous les coins du pays à s’initier au football.

Dans domaine du football comme dans bien d’autres, le mouvement catholique exerce une véritable hégémonie, dont les effets sont encore perceptibles de nos jours : une grande partie des joueurs de l’équipe nationale italienne ont ainsi commencé leur apprentissage sous la surveillance d’un curé de paroisse. Et l’Eglise a encadré le développement de la culture de masse liée au succès de la série A, le championnat professionnel italien de première division.

A la fin de la 2ème guerre, le Vatican est même devenu, par l’intermédiaire de deux sociétés écrans, propriétaire du quotidien sportif “Gazzetta dello Sport” qui a consacré une place toujours plus importante au football dans ses pages durant les années de l’après-guerre.
Les tifosi ont commencé à intégrer et soutenir les grandes équipes professionnelles dans tout le pays, grâce à la fois à leurs succès sportifs et à leur capacité à symboliser une nouvelle Italie, riche, moderne et compétitive sur la scène internationale.

Dans le modèle économique, marquée par l’exode rural et de grandes migrations intérieures, le football s’est placé dans le rituel de transition : les paysans qui arrivent en ville pour devenir ouvriers spécialisés dans des usines voient dans le tifo le symbole de la modernité ; devenir supporteur d’une équipe de la série A caractérise ainsi leur nouveau mode de vie en tant qu’urbain et salarié.
Les Français qui veulent s’intégrer dans la société italienne doivent bien sûr apprendre sa langue en prenant des cours d’italien à Paris avant d’y aller, mais ils ont également intérêt à beaucoup s’intéresser au football. Ils gagneront ainsi beaucoup plus facilement les coeurs des Italiens.